La Traversée

Déambulation le long de la rivière Saint-Charles

Retour à la rivière Saint-Charles

À la mémoire d’un vieil érable

L’hiver déploie ses flocons de neige dans le ciel. Le froid mordant prend ses aises sur les méandres de la rivière Saint-Charles. Ses eaux subissent le règne implacable de la glace. Les oiseaux sont pour la plupart partis et ceux qui restent se taisent. Seuls quelques badauds-flâneurs frigorifiés, des joggeurs et des promeneurs de chiens troublent la quiétude de la rivière en dormance.

Dire la Saint-Charles

    (crédit photo (extrait): Pascal Naud)
En empruntant à Georges Perec une technique littéraire qui consiste à capter un moment du passé collectif en complétant un paragraphe commençant par les mots "Je me souviens...", les participants et les participantes d'Alphabeille, un groupe d'alphabétisation populaire, ont recueilli les souvenirs de leurs concitoyens à l'occasion du 75e anniversaire de la Ville de Vanier*.
En voici quatre (4) extraits, suivis de deux (2) paragraphes de mon cru.

deux photographies














La 1ère photographie a été prise au tout début de l'excursion (lecture du texte de Cartier sur l'emplacement de la Grande Hermine, symbolisée par les tiges qui rappellent la coque du bateau); la seconde, après la maison O'Neil (centre d'interprétation de la rivière).

extrait de "La promenade" d'Élisée Reclus

Déjà si charmant et si varié pour le Robinson étendu sur son îlot ou perché sur un trone d'arbre, l'aspect l'aspect du ruisseau est bien plus gracieux encore pour le promeneur qui suit le rivage de méandre en méandre, cheminant tantôt sur les rochers enguirlandés de ronces, tantôt dans l'herbe épaisse des prairies, ou bien sous l'ombre mobile des rameaux agités. Tous cependant ne savent pas jouir de cette beauté des eaux courantes. Le malheureux qui se promène par fainéantise et pour «tuer» ses heures qu'il n'a pas la force d'employer, voit partout des objets d'ennui, même dans la cascade et le remous, dans les tourbillons d'écume et les herbes serpentines du fond. Pour savourer tout ce qu'offre de délicieux une promenade le long du ruisseau, il faut que le droit à la flânerie ait été conquis par le travail, il faut que l'esprit fatigué ait besoin de reprendre son ressort à la vue de la nature. Le labeur est indispensable à qui veut jouir du repos, de même que le loisir journalier est nécessaire à chaque travailleur pour renouveler ses forces. La société ne cessera de souffrir, elle sera toujours dans un état d'équilibre instable, aussi longtemps que les hommes, voués en si grand nombre à la misère, n'auront pas tous, après la tâche quotidienne, une période de répit pour regénérer leur vigueur et se maintenir ainsi dans leur dignité d'êtres libres et pensants.

Ah! baguenauder sur le bord de l'eau, quel repos agréable et quel puissant moyen pour ne pas retomber au niveau de la brute!

La rivière aux mille détours