La Traversée

Au retour du flâneur - Quartier

Ce Retour du flâneur consacré au « Quartier » a lieu du 1er novembre 2011 au 29 février 2012 et a été animé par Philippe Archambault. Depuis le 1er octobre 2014, cet espace accueille aussi, temporairement, les notes de terrain issues de l'Atelier géopoétique Hochelaga imaginaire organisé par Benoit Bordeleau et Bertrand Gervais.
crédit photo: Kevin Cordeau



Hochelaga-l'entreposée

Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hochelaga-l'entreposée
Hébergé chez Victoria Welby, l'Entrepôt des dérives vous offre des fragments et points de fuite de Montréal en 140 caractères ou moins. Il s'agit de l'extension twittérienne du projet collaboratif Dérives.

Voici ce à quoi ressemble Hochelaga-l'entreposée. À traverser rapidement pour plus de plaisir.

Bon matin, Masson! - 002

De l'art abusif de l'affichage dissuasif
Masson t'as intérêt à bien m'accueillir ce matin, j'ai la tête en charpie.
Je marche d'un pas de somnambule, je trace une lente trajectoire brisée qui va de la maison à la brûlerie, intersection huitième.
I like my coffee in the mornin'!

Des affiches qui interdisent le stationnement, ce n'est pas la variété qui manque. Sur la 3e, c'est le summum: sur la porte d'un garage aux portes bleues, détaché de la maison et surmonté d'un hangar de tôle, j'en dénombre pas moins de onze! Le propriétaire des lieux a même cru bon d'en ajouter une à côté des portes, au cas où vous auriez oublié... Dans l'art abusif de l'affichage dissuasif, nous venons de trouver un spécimen assez représentatif.
 
Masson n'est pas encore réveillée. Elle est habitée par des dormeurs debout qui attendent un bus en retard. Les files allongent, d'arrêt en arrêt. Certains s'aventurent sur la voie, jettent un regard encore voilé de sommeil en direction de la ligne de fuite de l'est, espérant deviner, flottant, un panneau électronique qui affiche: 47 MASSON. Quelques visages légèrement exaspérés, d'autres qui ne comprennent pas encore exactement où ils sont, où ils vont.

Je pousse ma luck comme on dit, je passe devant la brûlerie et continue mon chemin, tout à coup plus avide de rencontres que de café serré. Et comme je suis servi! Près du grand axe Saint-Michel, un garçon d'un âge incertain, ayant au dos un sac mou qui lui tombe sur les fesses, joue aux quatre coins, tout seul. Il ne cesse de traverser l'intersection, explore toutes les possibilités - traverse vers l'est, revient, en prenant bien soin d'attendre la lumière verte, passe très près des bus qui descendent Saint-Michel, donnant à chaque fois l'impression qu'il va y monter... Son manège dure un certain temps. Je reste là, à l'observer, ne sachant trop comment me placer, après un bout de temps, pour arriver à bien le suivre. Je mime d'attendre également le bus, le 47, celui qui ne passe pas souvent et en retard, en tout cas ce matin. Il me croise, le garçon, à deux reprises. Il tient dans sa main droite l'une des ganses trop longues de son sac, la porte fréquemment à son nez, à sa bouche. Il prend bien soin de sourire aux gens qu'ils croisent, il est joyeux comme un fou. Je finis par perdre patience, et je rebrousse chemin en direction de la brûlerie. Marchant, le 47 s'amène enfin derrière moi. J'y vois notre hurluberlu qui monte avec une démarche de conquérant. Ce que ça peut rendre maboul, au final, le retard, dans les transports...

Bon matin, Masson! - 001

On le trouve bien endimanché pour un vendredi matin venteux et nuageux. Devant le Square Rosemont, il fait les cent pas, il pratique les muscles de ses joues à absorber le choc de ses tentatives de sourire - et ça ne parait pas si simple. Ses souliers sont cirés, malgré la menace de la gadoue, ses pantalons sont bien repassés, les rebords flottent à quelques centimètres au-dessus des dits-souliers. Comme si ce matin, c'était un grand matin. Il vient rencontrer quelqu'un, une autre habituée, peut-être. Il ne manquerait que les fleurs, qu'il tiendrait fièrement dans sa main droite. Il se déciderait à passer le seuil, à saluer tout le monde, prendrait une grande respiration... mais là, on divague, la scène est derrière soi, on est déjà sur Masson. 


(P.S. Square Rosemont, un café communautaire sur la 2e avenue, quelques pas au nord de Masson)

Un épicentre de toute beauté (Côte-des-Neiges III)

Rattrapé par le doute (ou mon simple bon sens géopoétique?), je coupe court à l’affaire. Le blanc se refait devant mes yeux. Il n’y a rien là (!) : écrire, les trois quarts du temps, consiste à effacer ses traces.
Je délaisse la grande perspective et me replonge dans le désordre de mes visions. Un poème se fraye un chemin, alors que je lis la première neige de Daniel (frère d’Ouest, je te salue!) et que j’écoute Show me the place de Cohen. Un poème? Une braise retirée des cendres.
 
(J’y suis encore et pour longtemps)
 
À la croisée des deux Côtes,
des-Neiges et Sainte-Catherine,
une jeune femme
sous la flamme
d’un sari  
éclaire un décor
de première neige.
 
 
Quelle sociologie peut incorporer cette beauté avec ce qu’il faut de vie – de désir – pour faire battre un cœur?

23 novembre 2011, 7h, première neige

23 novembre 2011, 7h, première neige
23 novembre 2011, 7h, première neige
23 novembre 2011, 7h, première neige
23 novembre 2011, 7h, première neige
23 novembre 2011, 7h, première neige
23 novembre 2011, 7h, première neige
23 novembre 2011, 7h, première neige
23 novembre 2011, 7h, première neige
23 novembre 2011, 7h, première neige
23 novembre 2011, 7h, première neige
23 novembre 2011, 7h, première neige
23 novembre 2011, 7h, première neige
23 novembre 2011, 7h, première neige
23 novembre 2011, 7h, première neige
23 novembre 2011, 7h, première neige

Elle est entrée dans la chambre en murmurant Daniel, regarde, c'est tout blanc. Il faisait encore sombre, les lampadaires étaient encore allumés. J'ai dit allez, viens, on va aller prendre une marche, je vais prendre des photos pis toute, la première neige dans Saint-Henri, ça va faire un beau post pour La Traversée. On s'est fait du café en vitesse, on a sorti les grosses bottes Sorel du garde-robe, on s'est habillés. J'avais, comme d'habitude, mon appareil-photo cheap dans une main et un gros thermos de café dans l'autre. On a marché dans les rues encore presque désertes, encore un peu blanches sauf Notre-Dame, déjà en slush. On a marché vers le sud jusqu'au canal et quand je prenais des photos elle tenait mon thermos. J'ai envoyé un salut d'en bas à un monsieur qui constatait la neige dans la fenêtre de son condo sur les rives. On a croisé une fille trop primée qui faisait du jogging. J'ai pris des photos clichées et pseudo-arsty ratées de banc de parc enneigé. Il faisait quand même assez froid. Les lampadaires se sont éteints, quelqu'un de la ville, dans un bunker, a baissé la switch. On est rentrés, j'ai refait du café et je me suis installé dans la chaise berçante de la cuisine pour lire des nouvelles d'Hemingway. J'suis un gars de même.

(...ah oui, et ils ont fait un autre grafitti vraiment moche sur la bâtisse de Postes Canada...)   

Cité hors contexte

« Du fait de son usage quotidien, le quartier peut être considéré comme la privatisation progressive de l'espace public. C'est un dispositif pratique dont la fonction est d'assurer une solution de continuité entre ce qui est le plus intime (l'espace privé du logement) et ce qui est le plus inconnu (l'ensemble de la ville ou même, par extension, le reste du monde) ».

-Luce Giard et Pierre Mayol, cités par François Paré dans La distance habitée, Ottawa, Le Nordir, 2003, p. 90.

Kenneth White et Trois-Rivières

« À Trois-Rivières, on fait une halte de quinze minutes. Je bois un café philosophique en compagnie de Ludwig Wittgenstein (''ce dont on ne peut parler se manifeste''), puis pars faire un tour dans les rues. Au carrefour venté de la rue des Forges et de la rue du Fleuve, je regarde le Saint-Laurent rouler ses eaux ». Kenneth White, La Route bleue, Paris, Grasset,1983, p. 30. 

En route vers le Labrador, White s'arrête dans ce coin de quartier qui n'a rien de banal. 

Lorsque vous longez la rue des Forges pour vous rendre directement au fleuve, il y a un point bien précis où la ligne d'horizon 
fait apparaître le Saint-Laurent.

Dès cet instant, les paroles perdent enfin leur place et la vie reprend son cours. 

 

C'est plus ce que c'était

C'est plus ce que c'était
C'est plus ce que c'était
C'est plus ce que c'était
C'est plus ce que c'était
C'est plus ce que c'était

Colson Whitehead écrivait dans son livre sur la mégalopole américaine, The Colossus of New York, qu'on commence à se sentir réellement chez soi quelque part à partir du moment où on constate que les choses ne sont plus les mêmes:

"No matter how long you have been here, you are a New Yorker the first time you say, That used to be Munsey's, or That used to be the Tic Toc Lounge... when what was there before is more real and solid than what is here now."

C'est vrai qu'un quartier c'est statique quand tu t'y ballades pour les premières fois. Tu remarques les trucs dont on t'a parlé, les restos et les commerces, où prendre un bon café, les blocs, les rues et les églises qui étaient là bien avant toi et qui le seront encore bien après. Plus tard, bien plus tard, tu te lèves un matin, et en partant travailler tu te rends compte en passant devant le Pizza Saint-Henri que l'affiche a été changée, qu'ils vendent maintenant des kebabs et des feuilles de vignes. Tu penses au meilleur deal sur le deux pour un avec frites ou liqueur en ville, que tu croyais éternel, et une légère angoisse te saisis. Heureusement, ça dure à peine quelques heures, parce qu'en sortant du métro en après-midi, tu te rends compte qu'ils ont juste déménagé, ici, en face de toi, sur le coin de Saint-Jacques et Saint-Ferdinand. Et les prix ont à peine augmentés.

À l'ancienne adresse, le restaurant libanais/kurde/afghan n'a pas fait long feu, une tour à condos s'érige lentement mais sûrement, les promotions remplacées par les promoteurs.

*

Quelques photos de commerces qui ont changé l'aspect de la rue Notre-Dame, entre Atwater et la Place St-Henri, dans les dernières années. Que dis-je, dans les derniers mois.

Où ça? Rue O...

J’avais rejoint Alex, mon grand frère symbolique, sur la rue de Chambly, et on marchait sur Ontario quand on s’est rappelé l’heure du lunch. Une envie de «goûter» le quartier nous a pris, et la solution a surgi en oblique, de l’autre côté de la rue : La Pataterie. Dans le portique, un vieux monsieur aux vêtements marrons et portant un haut-de-forme s’apprête à sortir. Il lève les yeux, nous aperçoit. S’écarte tout en retenant la porte. «Après vous, Princesse.» Je souris, un peu distraitement, car devant moi une murale pour le moins exotique (au risque d’offenser Segalen) vient d’envahir mon champ de vision. Une murale réunissant le stade olympique, des chutes d’eau tropicales, une végétation luxuriante et, la touche finale, l’enseigne de La Pataterie survolant le tout en montgolfière. Ça frappe.