La Traversée

Au retour du flâneur - Quartier

Ce Retour du flâneur consacré au « Quartier » a lieu du 1er novembre 2011 au 29 février 2012 et a été animé par Philippe Archambault. Depuis le 1er octobre 2014, cet espace accueille aussi, temporairement, les notes de terrain issues de l'Atelier géopoétique Hochelaga imaginaire organisé par Benoit Bordeleau et Bertrand Gervais.
crédit photo: Kevin Cordeau



Rêver mieux

Rêver mieux
Rêver mieux

En tous cas, si un capteur de rêve ça sert à mieux dormir, à Saint-henri ils sont peut-être pas trois ixes, mais ceux montés avec des roues de bicycle te font oublier ton linge sur la corde. Prends ça en note pis repars une brassée.

Lettre à B.B. (Outremont vs Hochelaga)

Cher Benoit,
 
J’ai commencé cette lettre dans le parc Pratt, un jour clément de décembre. Nous l’avions traversé ensemble par un après-midi terne de novembre, une de ces journées d’automne où l’œil doit fournir sa propre lumière. Peu avant d’atteindre le parc, celui de mes insomnies, je t’avais vu rengainer pour de bon ton appareil photo. Sur ton visage, j’avais surpris du dépit, ou peut-être seulement de la fatigue. Tu te sentais loin de chez toi, pas vrai? Loin de tes pénates de l’esse, loin de tes ruelles, loin de ton habitat et de sa faune, dont tu parles avec une affection qui ne cesse de m’étonner.
 
Nous étions au beau milieu d’Outremont, entourés de demeures cossues, d’arbres matures et de silence. Rien ne dépassait sur quoi tu aurais pu tirer. Nulle trace d’hétérogène ou d’excentricité à capter et à déchiffrer. Nulle figure à la ronde; la scène était vide de ces personnages qui sont pour toi les signes vivants – les accès – d’un quartier. Je t’ai bien parlé de cette femme de ménage que j’avais observée en train de repasser le linge derrière les vitres d’une vaste véranda… mais quelle piètre figurine à côté de Lénine et des numéros truculents de ton quartier, n’est-ce pas?
 
Je ne sais si c’est Hochelaga qui a fait de toi un flâneur avide, un amateur insatiable d’anomalies de gouttière, d’extravagances tranquilles, de kétaineries raffinées et d’étrangetés usées à la corde… Quoi qu’il en soit, tu as une démarche des plus actives, un brin monomaniaque, et animée par cette vieille lubie de mages, celle de réenchanter les lieux au passage. Autrement dit, tu m’inquiètes un peu. Tu te rends compte que tu t’apprêtes à écrire une thèse sur Hochelaga? Doux Jésus, Dré parlait d’habiter son quartier, mais à ce point!? Tu habites le tien avec un tel zèle amoureux que l’affaire prend une tournure métaphysique!
 
Pour ma part, je suis un flâneur paresseux et contemplatif. Presque rien comble ma curiosité. Une bonne repassant une chemise – échantillon de pure domesticité – me ravit. Les ruelles de ton quartier me plaisent aussi à leur manière bavarde, pleine de charmes et de signes. Je sais bien qu’elles t’ont manqué, à Outremont, tes ruelles et leurs beautés en vrac. Si bien que ce manque (ce désir de voir ce que tu désirais!) t’a obnubilé, a éclipsé ce qui s’offrait à la vision, au regard neuf. Je te sors à Côte-des-Neiges et à Outremont, et toi, tu retournes chaque pierre dans l’espoir d’y trouver Hochelaga! Quel flâneur, tu fais!
 
Peut-être que nous en sommes tous là, et qu’à force d’habiter un quartier, celui-ci finit par nous habiter de telle sorte que nous allons avec lui et évaluons le monde selon sa petite échelle bien spécifique.
 
À une prochaine promenade (qu’est-ce que tu dirais d’une balade hors-piste, dans un quartier inconnu de nous deux?).
 
Mes amitiés,
 
Phil
 

De Pelletier à Saint-Antoine

De Pelletier à Saint-Antoine
De Pelletier à Saint-Antoine

J'aime beaucoup la réflexion entamée ces derniers jours par André Carpentier. Dans un sens, ça me fait revenir à ce que j'avais écrit ici au départ: cette impression d'être un intru dans le quartier parce que j'ai choisi d'y habiter, au lieu d'y être né et de pouvoir clamer une quinzaine de générations d'aïeuls qui auraient tous travaillé de père en fils chez Canada Malting (qui est aujourd'hui la ruine la plus imposante du coin) ou Dominion Textile (où un p'tit gars du FLQ nommé Jean Corbo s'est fait accidentellement exploser une bombe dans la gueule en 1966).

De quoi je me mêle, dans le fond? Je suis ici depuis février 2008, et surtout parce que mon ancien bloc appartement, à Greenfield Park, a passé au feu en janvier de cette année-là. Je suis loin d'être un p'tit gars de Saint-Henri. Je suis un p'tit gars de Brossard, du terminus Panama, de la poly Antoine-Brossard, du parc Trahan, de la Place Portobello et du Mail Camplain. Pas du 10-30, ça existait pas dans mon temps.

Je pense à ça... Je suis beaucoup plus proche de Louis-José Houde que d'Yvon Deschamps.

Et je pense à ça... Mon compte de la caisse pop est encore là-bas.

*

D'un autre côté, c'est ici que j'ai un compte commun avec elle. On est allé l'ouvrir ensemble quand on a déménagé en juillet dernier. C'est ici que je fais mon épicerie, que je bois des cafés au lait, c'est ici que je mange mes clubs sandwich et que je commande mes pizzas deux pour le prix d'une, c'est ici que je loue mes films et que je paye mon électricité.

Je sais que, contrairement au Ahuntsic d'André Carpentier, j'ai réussi à apprivoiser rapidement Saint-Henri et à m'y sentir chez moi entre autres à cause de sa petitesse et de ses limites assez claires. Mon Saint-Henri à moi va de Saint-Antoine au nord jusqu'au canal Lachine au sud, il s'étend entre Atwater à l'est et l'échangeur Turcot à l'ouest, frontière un peu plus floue qui pourrait aussi être définie par le chemin de la Côte-Saint-Paul. Je le connais comme le fond de ma poche parce que j'ai passé l'été à le jogger de long en large. Je connais ses coins industriels et ses coins résidentiels, les endroits où je n'irais pas la nuit et les endroits où des gens se font brûler vifs pour des affaires pas nettes.

D'une certaine façon, je connais Saint-Henri parce que j'en avais besoin. J'en avais besoin parce que Montréal était bien trop grande pour un p'tit gars de la rive-sud comme moi qui avait peur de sa faire voler son porte-feuille dans le métro, à dix-sept ans, quand on revenait des bars à minuit et demi pour être sûr de pogner le dernier bus à Bonaventure.
 

Religion, hockey

Hockey et Religion 01
Hockey et Religion 02
Hockey et religion 03
Hockey et religion 04

On ne les voit pas pendant plusieurs semaines. Mais lorsque ruisselle la neige, une étincelle enflamme le quartier. Des cris, des ricanements, des drapeaux sur les voitures… Les jeunes du quartier se recueillent devant l’église Notre-Dame du Foyer, munis de bâtons, d’une balle orange et d’un filet de hockey. Ils trouvent terrain sur l’allée extérieure de l’église, quelques heures, quelques semaines durant. Des admiratrices, expressives, assises sur le parvis. Ce groupe, on ne les voit qu’au printemps et à l’automne.

Une religion ? Non, mais une cohésion, peut-être la seule visible et audible de ce quartier. Devant l’église, comment ne pas y songer ! Pour chaque but compté s’allument les feux de la paroisse. Les paroissiens interrompent leur marche un moment pour participer eux aussi à cette vie de quartier. Les chiens en laisse tentent de suivre le jeu, la balle. Et moi : l’envie de courir à la maison chercher mon bâton de hockey et d’y adhérer; l’envie de vouloir appartenir à ce je-ne-sais-quoi de vivant de mon quartier, d'en faire partie. Les mouvements, la course, les exclamations, les balles perdues dans la rue de Bellechasse, les voitures qui doivent ralentir, les jurons «religieux» lors de tirs manqués…  Les rares moments où ce quartier néo-rosemontois deviendrait autre chose qu’une cité jardin, qu’un centre hospitalier ou qu’un parc récréatif. Une banlieue !

«Que m’importe», pense l’homme en soutane, tirant les rideaux du presbytère. Pas de gestes de réprimande à l’endroit de ces jeunes du quartier qui, au fond, éveillent sans le savoir le foyer de Notre-Dame. «À bien y penser, Mon maître les laisserait venir à Lui !»  lire la suite »

Essai de réenchantement - IV

Essai de réenchantement - IV
Ici, les capteurs de rêves sont spécialisés. C'est sans aucun doute Hochelaga qui détient le plus grand capteur de rêves érotiques de Montréal. C'est de loin l'objet le plus étrange que j'ai vu (depuis une semaine). Pour un meilleur aperçu de la chose, cliquez ici.

Habiter un quartier

Habiter un quartier, comme ensemble s’organisant en petit monde, on sait ce que c’est. Avoir gîte et couvert dans un secteur d’habitation, en utiliser les ressources, y faire ses courses, saluer les voisins, y retourner tous les soirs... En somme, y être une petite fraction dans le grand tout des autres.

Mais sentir son appartenance à un quartier, comme lieu privilégié du « vivre ensemble », ça me paraît autre chose... Sentir une affiliation personnelle avec le secteur, ses habitants, leur manière de vivre ensemble. Y être soi parmi les autres et solidaire des autres. En somme, s’y reconnaître parmi eux… Car dans l’appartenance, il y a les autres, et moi qui compte pour la moitié dans cette relation.

Vu ainsi, je dois constater que je ne suis plus de Rosemont, où j’ai écoulé ma jeunesse, que dans le souvenir d’une appartenance qui, certes, ne me quitte pas, mais qui n’est plus agissante dans mon quotidien. Je serais peut-être un peu plus Ahuntsicois que je ne le crois. Mais à condition de réduire Ahuntsic au secteur qui est le mien. Un secteur qui va de Papineau (à l’est) à Meilleur (à l’ouest), de la rivière des Prairies (au nord) jusqu’à la voie ferrée (au sud). La voie ferrée qui longe la rue Port-Royal et qui agit comme frontière entre la zone d’habitation et celle des manufactures, qu’on appelle le quartier Chabanel.

C’est là, dans ce rectangle irrégulier, que j’ai mes habitudes. Là que je fais mes achats d’épicerie, de pharmacie, de boulangerie, de fleurs, là que sont la vétérinaire, le lunetier, le cordonnier, le réparateur de vélos, la boutique de cartes et de babioles... J’y ai quelques restos, des cafés, un salon de thé, des parcs, des dépanneurs, quelques ruelles, ma Caisse Pop, ma station de métro... J’aime y retrouver la fraîcheur de la rivière quand, l’été, je reviens du Centre-Ville, et quantité de grands arbres quand je rentre de Paris ou de Mumbai. J’y marche volontiers et y fais du vélo, surtout le long de la rivière.

Voilà donc mon territoire pour ce Retour du flâneur. Un territoire de la superficie de quelques paroisses à peine. Plus grand, c’est trop pour mon quotidien. Plus grand, ça demande de voyager.

Pellicules hochelagaises - V (version #Occupy)

Pellicules hochelagaises - V (version #Occupy)
Pellicules hochelagaises - V (version #Occupy)
Pellicules hochelagaises - V (version #Occupy)
Pellicules hochelagaises - V (version #Occupy)
Pellicules hochelagaises - V (version #Occupy)
Pellicules hochelagaises - V (version #Occupy)
Pellicules hochelagaises - V (version #Occupy)
Pellicules hochelagaises - V (version #Occupy)
Pellicules hochelagaises - V (version #Occupy)
Parce qu'il fallait bien s'y attendre. La Place Valois, avec tout ce qu'elle représente de la nouvelle «bourgeoisie» hochelagaise, est présentement occupée par des affiches. Pas de voix pour s'élever sinon des traces de feutre sur le dos d'affiches de l'UQAM ou de la STM.

Une première dans le mouvement Occupy: les indignés sont des fantômes. Et pourtant, on ne devrait pas s'en étonner avec ce quartier dont le nom porte une disparition.

Liminaire/Luminaire

Il me faut d’abord, en page liminaire, éclairer un peu la question...

Écrire sur mon quartier... Mais quel quartier? Celui de la petite enfance (Hochelaga, que j’ai quitté juste avant mes 5 ans), qui prend en moi figure de curiosité affective? Celui de la jeunesse (le Vieux-Rosemont), qui va et vient dans mon esprit au gré des vents qui chassent ou rapportent les souvenirs? Celui que j’ai adopté, il y a 28 ans, en prenant conjointe, quartier dit Ahuntsic? 

Je choisis celui où je vis, le quartier Ahuntsic. Mais d’abord quel quartier Ahuntsic? Cet ancien village devenu quartier, qui ne correspond pas exactement à la circonscription électorale fédérale du même nom, et qui, sur la carte électorale du Québec, occupe une partie du comté de Crémazie et une partie de l’Acadie? Ou l’arrondissement montréalais Ahuntsic-Cartierville, qui s’étend de l’autoroute 13 jusqu’au boulevard Saint-Michel, ou presque, et qui longe la voie ferrée et le boulevard Métropolitain au sud et la rivière des Prairies au nord? Une immensité aussi disparate qu’incongrue! Ou le district Ahuntsic qui, avec Saint-Sulpice et Sault-au-Récollet, forme le quartier Ahuntsic, qui lui-même, joint à Cartierville, forme… un incroyable méli-mélo?   lire la suite »

Coupé en deux

Coupé en deux
Coupé en deux
Coupé en deux
Coupé en deux
Coupé en deux
Coupé en deux
Coupé en deux

Il y a deux endroits spécifiques, à Saint-Henri, où tu peux te faire prendre et être obligé d'attendre que le train du CN passe. Rue Saint-Ambroise, au coin de Saint-Augustin et rue de Courcelle au coin d'Acorn. Si t'arrives au début, que tu sois en voiture ou à pieds, t'es mieux de revirer de bord pis de trouver un autre chemin parce que tu vas être pogné là pour un bout. Pour sûr, t'as le temps d'aller prendre une bière.

Dans le temps de Raymond Lévesque, c'était le CPR, mais c'est une des choses qui n'a pas changé dans ce quartier coupé en deux.

Avec le CPR
Qui gueule son cafard
En arrière du quartier
Crachant de la fumée

On se croit en enfer
Et les grincements de fer
De l'époque moderne
Nous r'foulent dans les tavernes

On oublie sa misère
Devant un verre de bière
Qu'on achète à crédit
À Saint-Henri