La Traversée

Au retour du flâneur - Nuit

crédit photo: Chloë Rolland


La disparition de Megrez - II

«Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.»

Qu’il est difficile de se séparer de ces vers, et de cette conception romantique de la nuit, quand Les fleurs du mal ont été, pour moi, trop longtemps livre de chevet et que, sur mon visage, j’en porte encore les marques, comme une trace d’oreiller.

Implorer la nuit comme une délivrance, une espérance, à la douleur du jour, au spleen; la nuit où l’on est «Enfin ! Seul !». Baudelaire, indécrottable compagnon de marche.

 

La disparition de Megrez

La nuit. S’échapper du centre-ville trop éclairé. S’évader du concert qui nous a fait danser toute la soirée. Rentrer chez soi. «Chez soi», sans trait d’union. Les néons, la rumeur, le son de la contrebasse et des percussions s’éteignent derrière vos pas; la chamade bat encore. Mais peu à peu, c’est le calme qui marche, comme le chemin. C’est le moment où Baudelaire dit «Enfin ! seul !» Certes, les réverbères colorent le paysage. Offrent quelques clairs-obscurs. Des teintes de noir et d’orangé (comme dans les photos de Chloë et Kevin). Un ensemble sépia. De temps à autres, les phares des voitures qui tranchent la nuit en deux, vous aveuglent, vous révèlent zombie sur trottoir.  lire la suite »

Formes fuyantes V

Si par un vendredi soir d'été...

Un soir de juillet, après avoir raccompagné mes invités jusque chez eux, je suis rentré chez moi par une suite de ruelles du quartier Rosemont tout en savourant une glace à la vanille. Je ne me souviens plus quand, ni quelle ruelle s’est offerte à moi –mais quelle importance? J’eus l’impression que mes pas s’étaient harmonisés de concert avec l’ineffable beauté de cette ruelle que je croyais endormie, mais qui s’est révélée dans toute son intimité nocturne; l’impression de savourer un moment (géo)poétique.

Cela commence par cette chaleur accablante qui s’estompe graduellement. Pas de vent notable; seule une humidité fraiche et agréable.  lire la suite »

Nuit en vrac

Ciel crémeux
Aléatoire comme le geyser
Un ciel enceint de notre déraison

Nuit blême comme une algue balancée
Saoule de notre propre ivresse

Traces de névroses sur le fond du ciel
Souvenirs
D’un corset en ferraille

La nuit est grasse
D’un onguent contenu

Ciel frondeur
On va vers un non-lieu, dis-tu

Dans les transports - I (bien sûr de nuit)

À l’arrêt de la 15e, sur Masson, monte une délégation de permanentes en chandail de loup, avec aux bras des saccoches de vinyle défraichi. Le chauffeur baisse le niveau du véhicule avec un « bip! bip! bip! » prêt à alerter tout le monde. La marche se fera moins haute pour les rescapées du café-bar U-Turn, qu’elles ont dû quitter par manque de fonds. À leur grand désarroi, la machine à sous de la STM n’est jamais gagnante, elle non plus - ce dont certaines se plaindront avec amertume. On quitte la banquette de devant pour se rendre plutôt vers l’arrière, leur laissant la chance de se regrouper et de continuer à philosopher sur la question du hasard.  lire la suite »

Formes fuyantes IV - Avant / Après éclatement

Rassemblement

La nuit est tombée et je ne suis pas allée manger chez Blanche-Neige, premier restaurant qu'on croise en décidant de flâner un peu. C'est à Montréal, mais ça pourrait être ailleurs, tant je suis prise d’un sentiment d’étrangeté.  lire la suite »

Formes fuyantes III

Formes fuyantes III
Formes fuyantes III
Formes fuyantes III
Formes fuyantes III
Formes fuyantes III
Formes fuyantes III

Les ai trop isolées / comprimées / dans la nuit ces formes éclatent / tentent de se libérer du carcan / où la lumière du jour les avait confiné.