La Traversée

Au retour du flâneur - Nuit

crédit photo: Chloë Rolland


Qui m'emporte deça, delà

Dans un sillon de froide lumière, quelqu’un d’autre que je suis, d’un pas exprès, tisonne des feuilles gisantes devant lui.

Mimant l’autre que je suis, j’ébruite l’automne à petites foulées, sous lesquelles rejaillit une note odorante, un froissement sépia sentant le feu et le bois, bruissant de rires et de voix.
Un écho d’échos, une fois d’autrefois.

Vertigineuse synesthésie parmi les lueurs et les ombres.
Je suis quelqu’un d’autre que je suis.

***

Fleurs de nuit

Fleurs de nuit
Fleurs de nuit
Fleurs de nuit
Fleurs de nuit
Fleurs de nuit
Fleurs de nuit
Fleurs de nuit
Fleurs de nuit
Fleurs de nuit
Fleurs de nuit
Fleurs de nuit
Fleurs de nuit

 

 

La disparition de Megrez - IV

Un «couple», que la nuit s’apprête à apparier, monte à bord du bus. La jeune femme titube, l’homme rigole. Ledit couple choisit de camper leur jeu de séduction juste à côté de mon siège. Monsieur s’installe et chuchote à voix haute des paroles enivrantes à l’oreille de mademoiselle. Seuls l’ivresse de l’alcool et le jeu des comédiens au théâtre permettent aux hommes de chuchoter à voix haute.

Le spectacle commence.

Le désir monte. Les paroles s’envolent. Ils se frôlent. Ils se touchent presque. Par discrétion, je tourne la tête, évitant ainsi de gêner leur exhibition. Le jeu consiste à deviner l’âge de l’autre. Et aucun d’eux ne veut le révéler. Comme si cela trahissait un gouffre…  lire la suite »

Vélo de nuit - II

Nuit fauve

À plusieurs heures de toute ville, loin des routes asphaltées, des lumières et des hommes, on s’est tenus là debout dans cette nuit sauvage, nos cinq corps accolés. Debout devant un lac, au cœur des bois, au cœur d’une symphonie.

On aurait pu pêcher les étoiles avec un filet

Debout dans la concentration, debout à laisser cette nuit nous délester. Vertigineuse. Saisir un fragment de ce royaume bestial, laisser le végétal recouvrir notre peau comme une fourrure.

Monde retranché  lire la suite »

Archipel de la nuit

Archipel de la nuit
Archipel de la nuit
Archipel de la nuit

«On peut aborder la ville, la nuit, comme un archipel. Quand on est noctambule, insomniaque ou simple amoureux de la nuit, on repère vite dans son quartier - à sa petite lumière encore allumée- le veilleur qui travaille encore. Plus on avance dans la nuit, plus le nombre de pôles animés se réduit. Entre îlots de l’archipel nocturne, l’accessibilité intra-urbaine est limitée.»

Luc Gwiazdzinski, « La nuit, dernière frontière de la ville? »1

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Dits du somnambule - V

Vartiations nocturnes XXIII. Passants: OuFlâPo.
Variations nocturnes XXIV. Ruelle Gît-rare.
Variations nocturnes XXV. Wet light.
Variations nocturnes XXVI. Cette photographie comme l'image parfaite de ta nuit.
Variations nocturnes XXVII. Rivage.
Variations nocturnes XXVIII. Début et fin des variations.

Ce sentiment persistant que les nuits montréalaises te rappellent que tu n’es pas d’ici; inversement, les nuits du bled te rappellent que tu n’en es plus.

*

La nuit non pas comme une masse sombre, mais une masse de silence. Tu devrais pourtant t’y plaire.

*

La nuit comme le moment où tu rapièces les codes (toujours des moitiés) glanés durant le jour. C’est la nuit, par le truchement de l’écriture, que tu as habité le jour en catimini (ces deux dernières années). La nuit, tu ne l’habites pas.

*

La nuit que tu cherches dans l'écriture: un moire. Tu n'y arrives pourtant pas.  lire la suite »

Rondes de nuit 1 & 2

Aux petites heures, si mal nommées, du matin, je rentre chez moi à l’instinct, passant de rues en ruelles, m’efforçant sans doute, une fois de plus, de me perdre en chemin. Je peux toujours rêver. Il n’y a pas un chat en vue. Pas même l’écho d’un pas. Une désolation exemplaire. Je suis seul debout contre tous les endormis de mon quartier. À croire que c’est mon tour de garde. Dormez sur vos deux oreilles, cette nuit je veille. Vous pouvez toujours rêver. J’inspecte en silence les façades muettes, repérant ici et là quelques fenêtres encore éclairées, espérant l’ombre d’une silhouette ou le signal d’une présence, une lumière qui s’éteint par exemple. Mais rien. Un rien qui détonne. Lorsque je rejoins Saint-Laurent, je sais que ma solitude tire à sa fin.  lire la suite »

Fleuve noir

Fleuve
Québec
Québec
Lévis
Draveurs 1
Draveurs 2
Château Frontenac

Un fleuve noir à traverser

Un navire et quelques draveurs fantômes pour compagnons

 

Sur le traversier, la presque totalité des regards porte vers Québec

Ma ville si belle

Ma ville Walt Disney

Illuminée comme un sapin de Noël acheté au Walt-Mart

 

Quelques blasés ne regardent que leur blonde ou leur montre

Personne ne prend Lévis en photo

Je me fais mentir et l'immortalise dans mon appareil

Franchement, ça pourrait être n'importe où

Lieu anonyme

 

La traversée du fleuve noir achève

Je débarque sous le regard du château Frontenac et m'enfonce dans une mer de touristes en cette nuit urbaine trop chaude

 

La disparition de Megrez - III

Il y a quelques années un camarade m’a fait part d’une passion singulière qui consiste à scruter le firmament, la nuit, dans l’espoir de voir disparaître l’halo gazeux faiblissant d’une étoile s’étant désintégrée quelques millions d’années auparavant.

Dans les sentiers de Point Pleasant Park (Halifax), aux abords de l’Atlantique, ce camarade me désignait ici et là quelques étoiles ternes ou d’autres anormalement scintillantes qui peuvent être le fait d’une explosion. Je ne me souviens plus si, chaque nuit, il observait la même étoile ou s’il en choisissait une nouvelle. (Ou s’il ne se moquait pas un peu de moi.) Il semblait pourtant s’y connaître.  lire la suite »