La Traversée

Au retour du flâneur - Nuit

crédit photo: Chloë Rolland


Détournement d'enseignes

la nuit

La nuit revient après chaque jour telle une marée perpétuelle. La nuit est un lieu sans horizon. J’entends, je sens, mais je ne vois pas. J’avance avec mes yeux tout écarquillés, tâtonnant dans le noir, dans l’espoir.

Les loups et les chiens sortent surtout lors de la lune ronde. Les chats gris aussi, mais ils sont plutôt tapis dans l’ombre. Ils attendent que la proie passe, et elle passe. Les oiseaux dorment bienheureux comme la plupart des enfants, ou pas tout à fait peut-être ? Les tourments, ne pouvant s’assoupir, sortent, souvent bien masqués; d’où venez-vous? Les révélations de la nuit font un cinéma sans FIN.  lire la suite »

Morf et...

Morf était un narcoleptique insomniaque. Forcément, la nuit, ça ne lui disait pas grand-chose. Du moins, peut-être quelque chose, mais certainement pas beaucoup de choses, comme cette phrase d’ailleurs… Bref, pour Morf, et pour son père – car son père souffrait de la même maladie – la nuit ressemblait au jour, mais en noir. De beaux esprits simples ceux-là! Morf exécutait ainsi, dans une exactitude apeurante, des gestes minutieux que seule la lumière permettait, au commun des mortels, de réaliser. Dans une parade mimique, il s’exaltait de longues heures durant devant son royaume de papier collé de sommeil.  lire la suite »

Les nombrils nuptiaux

Au pied des ombres, quand le crépuscule dévore l’aube, des poètes, marchands de mots, versent leurs larmes lumineuses sur leurs faibles élans de création furieuse. Tous, même les âmes bien nées, attendent le craquement sec des doigts qui se veulent – par relais – oreilles. Ils attendent d’être appréciés, applaudis, mythifiés, d’être enfin quelqu’un.

Leurs nombrils, plus larges que leurs idées, errent sur les trottoirs fanés de la gloire, tapis rouge de l’épouvante.

Les corps se déchirent et laissent place aux vêtements. Sous la chemise orange saphir, le labyrinthe de Pan.

Tous ces « moi » à la recherche de soi, ne comprennent-ils pas que la nuit leur appartient et les ombres qui l’anime – sièges ailés de la conscience – se dénudent de sens spécialement pour eux ?  lire la suite »

Les minuits ensoleillés

La nuit, les tavernes respirent au rythme du bourdon musical des verres colorés. Les plafonds suspendus dansent sous la lueur des lampes rouges d’amertume. Les murs repoussent du mieux qu’ils peuvent les bruits d’haleines sucrées et emplies d’ambition. Un jazz saccadé frappe de plein fouet les conversations arithmétiques de la jeunesse pulpeuse qui, selon la valse des dix coups de minuit, hésite sur le porche des aveux. Les serveuses fourmillent sur le plancher, déposant leurs oreilles sur le rebord des plateaux commandés.

Rouge de honte pour un confrère dont la verve refoulée obscurcit vicieusement ses yeux bleuis d’espoir. Rouge de colère pour la blonde trop sûre et trop barbouillée dont la parure tisse les rideaux d’un spectacle sans goût ni résonnance.  lire la suite »

Odeurs - Nuit

Deux heures du matin, un flâneur retourne chez-lui en passant par le quartier Limoilou.

Dans les environs de la 9ème Avenue, une puissante odeur de bran de scie devient omniprésente. Elle vient de la Stadacona, une usine de pâte à papier qui s’empare régulièrement du quartier par ses effluves olfactives.

Le flâneur marche et s’imagine en pleine forêt, malgré l’ordre linéaire et bétonné de la ville.

Au coin de la 3ème Avenue et de la 3ème Rue, l’odeur du bran de scie fait place à celle du pain chaud sortant du four. Cette odeur réconfortante dans la nuit émane de La Boîte à pain, une petite boulangerie artisanale.

Le flâneur poursuit son chemin.  lire la suite »

La fumée

La fumée brunie de la lune se tapit avec nous, sur le carrelage d’un pan d’usine morcelée, abandonnée. Nos corps se blottissent dans l’ombre fuyante des parois rugueuses et désertes.

Non loin, des stries lumineuses et incertaines s’agitent. Fantôme délirant, gangster sans norme, vampire terreux ou simple rat de notre imagination de la noirceur nocturne ? Impossible de savoir, on se ferme l’œil. Sans couverture, les rues deviennent l’univers grotesque des monstres que l’on croyait avoir chassés.

Au détour d’une ruelle, une présence nous guette. Nos jambes tremblent, Nous nous rassurons par le doute. La fumée avance, lèche tout sur son passage périlleux, emportant avec elle jusqu’à la moindre parcelle rassurante. L’angoisse serre notre trachée, notre respiration devient glaciale.  lire la suite »

Faire du pain dans la nuit

Bras mécaniques en mouvement, bruit du pétrin et ronronnement des moteurs électriques

chaleur des fours

Vagues odeurs écœurantes de levure et faibles odeurs de pain cuit

Poussière de farine

La nuit, les boulangers ne flânent pas, ils travaillent.

Cours d’un bord et de l’autre, soulève les poches de farines, pèse la farine et les ingrédients, pétris la pâte, fais lever la pâte, graisse les moules à pain, pèse, coupe et façonne la pâte, fait lever à nouveau la pâte dans les moules, entaille le pain baguette et les miches avant la cuisson, enfourne le pain, le fait cuire, puis le défourne et le prépare pour le livreur.

Le pain, c’est vivant, le boulanger ne peut attendre, il n’a guère le temps pour traînasser.  lire la suite »

À l'ombre des plaques oubliées

Une architecture particulière anime les nuits colorées par l’alcool et trace une cathédrale éphémère des plaisirs sensoriels. Le verbe « être » vogue à la dérive dans la bouche des « illuminés » sans rame qui s’étendent le long des côtes plastifiées de cette vaste Amérique.

Nous, nous buvons sans penser, sans mot dire, ni même réfléchir. Nous, nous marchons en évitant tout contact et tout contexte. Nous, nous crions du regard les solutions préconçues. L’analyse est fiction tant que la liberté est jouissance. Quelques fables se jettent en travers de nos jambes poétiquement membrues. Les chats nous sourissent, notre indifférence familière leur répond.  lire la suite »

Une visite impromptue

Une visite impromptue
Une visite impromptue
Une visite impromptue

23h. Le calme de la nuit règne dans ma rue. La plupart des gens s’apprêtent à dormir, si ce n’est déjà fait.

J’écoute un film.

23h10. Le bruit d’un camion peinant à tourner dans ma rue me dérange. Ce sont les pompiers, sirènes silencieuses. Trois camions se positionnent autour de mon édifice.

Le pompiers sont évidemment là pour faire leur travail. Ils enfilent prestement vestes, bonbonnes d’oxygène, masques et casques. Je vois l’un d’entre eux prendre la fameuse hache…

Je me campe en observateur à ma fenêtre, profitant de l’action pour observer le va-et-vient de la rue, subitement dérangée, dans la tranquillité de la nuit.  lire la suite »