La Traversée

Välkommen!

Välkommen!
Välkommen!
Välkommen!
Il y en a pour qui cela tient de l'habitude, pour qui les balades en voiture sont nécessaires pour relier tout point A à son point B. Se garer là, non loin des portes, seulement survêtu d'une écharpe malgré le froid mesquin qui traine dans le fond de l'air, c'est comme aller quérir son carton de lait au dépanneur. Cette grosse boite-là, parachutée en plein cœur de ce qui fût autrefois des terres agricoles, ensuite en friche : voilà ce qui attire tant de consommateurs.

Pour vous, c'est une véritable expédition. Il faut la prévoir, tout en craignant la menace de congestion, fréquente dans ces parages. Vous n'y allez pas non plus pour une simple babiole que vous pourriez facilement retrouver ailleurs, et sans sortir la voiture, le cas échéant. Il s'agit d'accumuler de supposés besoins et tout à coup de dire on y va, il le faut. Ou d'avoir en tête un cadeau à offrir pour un anniversaire prochain, cadeau qui a été précisément réclamé...

Vous les voyez, ces habitués, qui font le magasin en entier avec le même enthousiasme nonchalant qu'ils afficheraient en parcourant les sentiers d'un jardin. Parfois le panier reste vide jusqu'à la toute fin, et alors tiens, puisque nous sommes là, aussi bien rapporter une plante, un économe au manche en silicone, un paquet de petites chandelles, n'importe quoi.

À peine êtes-vous entré, la porte automatique ne s'est pas refermée encore, derrière vous, que vous parviennent simultanément les odeurs de la cantine, au deuxième étage, et la musique, les cris et les rires d'un dessin animé pour enfants se déroulant au rez-de-chaussée. L'escalator tourne, tourne, alors que personne n'y monte. Qu'un couple qui hésite à prendre deux sacs ou bien un seul, devant la boite où ils sont empilés. Vous montez. Sans panier ni sac. Bien que vous sachiez ce que vous venez chercher, un truc tout simple, vous ferez tranquillement le parcours, le sentier, empruntant parfois un raccourci.

Il est préférable d'être sage, de respecter le sens prévu de la circulation. Vous avez déjà essayé de faire une partie du sentier à contresens. Parce que encore une fois, vous veniez chercher un bidule bien précis, qui, selon vous, se trouvait plus près de la fin que du début. C'était un dimanche. Tout le monde sait ce que c'est, un dimanche, dans un grand magasin. Il s'en fallut de peu que vous n'y laissiez votre peau.

En mode sécuritaire, donc. Dans les différentes sections, il est facile d'épier les conversations, souvent menées à voix haute, qui vont des plus anodines aux plus existentielles. Là une querelle autour du choix des rideaux, là une femme qui assure que ça, ce n'est pas son genre d'armoires de cuisine, ici un pousseur de carrosse qui regarde lassement sa compagne réfléchir aux éléments nécessaires à la rénovation de leur salon. Plus loin, une dame pénètre dans une nouvelle section, emportée par un débordement de joie soudaine qui lui fait dire: « Ah! Maudit que c'est le fonne cette section-là! Y a tellement des belles affaires! Ah! » Au sortir du parcours, un homme et une femme, rondelets et moustachus (si si, les deux), déambulent comme deux poissons tourneraient en rond dans un aquarium. « Ouin, tu le connais ton magasin, bébé! »

En file, aux caisses automatiques, individuelles... comment les nomme-t-on? Fini en tout cas le temps des caissières et des caissiers, de l'argent liquide. À vous, maintenant, de jouer de la douchette! (Douchette? Si si... Ou si vous préférez: lecteur de code-barres, scannette. Si vous n'avez pas peur des emprunts, allez-y avec scan gun, mais discrètement s'il vous plait). Les paniers, les chariots, sont chargés de boites, minces pour la plupart, et de sacs remplis d'articles de tout ordre. En fait vous êtes le seul à n'avoir besoin que de vos mains pour transporter vos achats jusqu'à la caisse. Derrière vous vient s'ajouter à la file un jeune couple qui préfère payer en deux temps et ainsi faire deux «voyages» jusqu'à la voiture. D'abord pour s'assurer que ce qu'ils ont accumulé dans ce premier panier rentrera... Il y a lieu de s'imaginer un appartement complètement vide qui s'apprête à ressembler à certaines sections du parcours.

Tiens. Pendant l'attente, vous décidez qu'il serait bien d'en rapporter un artefact, ou du moins, quelque chose que vous n'auriez jamais acheté dans un tel lieu. Vous choisissez une petite boite de biscuits secs, gingembre et citron.
 

Commentaires

Une proposition

Concernant les artefacts, je propose que lors de vos flâneries dans vos centres commerciaux et grandes surfaces respectifs, vous choisissiez un article, au hasard, autant que possible saugrenu, et surtout que vous n'auriez jamais acheté en temps normal, et que vous le rapportiez ici soit en le décrivant, soit en le photographiant.

Quel bel amusement consumériste!
 

Oh, la belle bébelle!

Plus amusant encore, Kevin, serait non pas de l'acheter le truc idiot et biscornu, mais de le chiper! Je sais, c'est pas trop correct, mais au moins il prendrait une "valeur" sans prix le bidule (en langage comptable, on appelle ça "démarque inconnue") et digne de figurer dans un cabinet des curiosités rares! Gaffe toutefois aux gestes maladroits, y'a des "oeils" au beurre noir qui te matent du plafond. Il serait dommage qu'un traverséen se retrouve à la fouille dans un ti-cagibi!