La Traversée

Lucky Luke

Lucky Luke, on l'entend avant de le voir. Ses bottes de cowboy, noires, claquent sur le béton du trottoir, ponctuent la rue Ste-Catherine. Il habite plus bas, sur la rue Bennett, encore plus proche de la rue Notre-Dame que moi. Mais je ne sais pas où. Parce que Lucky Luke, ce n'est pas qu'il est plus vite que son ombre, c'est plutôt qu'il apparaît on dirait de nulle part, avec son uniforme de jeans noires, manteau noir, bottes noires. Ses cheveux aussi sont noirs, un noir uniforme, teint. Je ne l'ai jamais vu habillé autrement, même quand l'asphalte a l'air de vouloir fondre sous le soleil et l'humidité de la canicule, même quand il fait froid et que l'autobus 34 prend une heure à faire les 20 minutes de son trajet habituel. L'hiver, Lucky met un manteau noir, mais garde ses bottes qui cliquettent.

Il a aussi le visage de Lucky Luke, comme dans les dessins animés de mon enfance, ce visage allongé, avec un long menton, les yeux un peu rentrés. C'est un peu troublant, quand on l'entend venir, et qu'on le voit surgir, et on s'entend à voir surgir Rantanplan ou Jolly Jumper. 

Il faut comprendre que Lucky Luke n'est pas comme les autres hommes de mon quartier. Il est tranquille, silencieux, comme s'il pensait à chaque pas avant de le faire. Il ne crie pas, je ne l'ai jamais vu avec une cigarette, et il ne s'arrête pas pour parler avec Gilles et Léo. Il n'entre pas au bar Le Bureau, mais se rend parfois à l'épicerie ou à la pharmacie. Et je ne l'ai pas non plus vu avec un livre. Je ne sais pas où il va. Parfois, en rentrant de l'université, il sort de l'autobus avec moi, devant chez Carl & Binos, et je suis accompagnée jusque chez moi par le martèlement de ses éperons. Et si je pars tôt le matin, vers 8h, il est là, devant le bar du coin, à attendre l'autobus. 

Lucky Luke est un mystère. Mais j'aime son uniforme, et le son de ses bottes sur le béton. Il me semble qu'il marque le temps, même si je ne sais pas de quel temps il s'agit. Et on ne sait jamais: peut-être que les Dalton habitent tout près, sur William-David ou Sicard, et peut-être qu'eux et Lucky Luke se font une petite partie de carte sur la rue Ontario. 

Commentaires

"Il faut comprendre que Lucky

"Il faut comprendre que Lucky Luke n'est pas comme les autres hommes de mon quartier. Il est tranquille, silencieux, comme s'il pensait à chaque pas avant de le faire. Il ne crie pas, je ne l'ai jamais vu avec une cigarette, et il ne s'arrête pas pour parler avec Gilles et Léo. Il n'entre pas au bar Le Bureau, mais se rend parfois à l'épicerie ou à la pharmacie. Et je ne l'ai pas non plus vu avec un livre. Je ne sais pas où il va. Parfois, en rentrant de l'université, il sort de l'autobus avec moi, devant chez Carl & Binos, et je suis accompagnée jusque chez moi par le martèlement de ses éperons. Et si je pars tôt le matin, vers 8h, il est là, devant le bar du coin, à attendre l'autobus."

Cette description le rend tout à fait attachant... et intrigant! Beau personnage!