La Traversée

Les rencontres fugitives

Les rencontres fugitives

Le trottoir permet des rencontres brèves, mais combien stimulantes. On se promène d’un bon pas dans l’air frais d’un jour d’hiver clément et soudain on aperçoit une fille venant de l’autre côté de la rue et l’on capte l’impression d’exaspération qui s’accumule sur son joli visage. Elle semble exaspérée par les gros camions qui vont mettre la neige ailleurs et qui l’empêche de traverser la rue. Ses sourcils se froncent, son nez se tord devant la situation et sa bouche, à demi cachée par son foulard, fait la moue. De l’autre côté de la rue Bernard, on la regarde et on sourit. C’est craquant les expressions physiques d’une fille en colère. On traverse de l’autre côté, de son bord à elle. Les camions, comme des rideaux de scène qui viennent de s’ouvrir devant soi, finissent de bloquer son chemin alors qu’on arrive près de l’inconnue. Elle nous regarde la regarder et esquisse un brin de sourire sans qu’il nous soit réellement adressé, un petit sourire en coin.

C’est si agréables ces relations anonymes quotidiennes qui, sans tomber dans la séduction, restent dans la famille du charme et égaillent les idées pour une heure ou deux. C’est l’essentiel de la vie qui se décline sur les trottoirs avec des accents de joies et des gestes en forme de vers.