La Traversée

Les nombrils nuptiaux

Au pied des ombres, quand le crépuscule dévore l’aube, des poètes, marchands de mots, versent leurs larmes lumineuses sur leurs faibles élans de création furieuse. Tous, même les âmes bien nées, attendent le craquement sec des doigts qui se veulent – par relais – oreilles. Ils attendent d’être appréciés, applaudis, mythifiés, d’être enfin quelqu’un.

Leurs nombrils, plus larges que leurs idées, errent sur les trottoirs fanés de la gloire, tapis rouge de l’épouvante.

Les corps se déchirent et laissent place aux vêtements. Sous la chemise orange saphir, le labyrinthe de Pan.

Tous ces « moi » à la recherche de soi, ne comprennent-ils pas que la nuit leur appartient et les ombres qui l’anime – sièges ailés de la conscience – se dénudent de sens spécialement pour eux ?

Mais leurs nombrils sont trop voraces à l’ouest des mets de mots, assiettes célestes des cœurs d’eau.

Criez votre solitude, les chats le font déjà sous les arbres sciés de votre béatitude. Sifflez votre extase, les oiseaux vous battront sur la branche élevée de votre fine attitude! Murmurez vos connaissances, les livres mimeront vos idées prudes!

Mais sachez que « je sais » ne vaut pas plus qu’une lune noire.