La Traversée

Le pouls d’un centre commercial

À la suite d'une question naïve m'ayant germée en tête – quels signes traduisent la «santé» d'un centre d'achats? –, je me suis mise en chasse d'éléments de réponse, prenant la Place Versailles à témoin. Il y a bien sûr les traditionnelles fontaines dans lesquelles on pitche son petit change (et j’observe que celle au pied du Winners est bien tapissée de cennes noires. Sans compter l’employé d’entretien occupé à vaporiser de désinfectant le banc circulaire entourant le bassin). Le McDo, juste en face de la fontaine, est sans doute aussi un gage de prospérité économique. Tout comme l’imposant décor de l’animalerie Safari.

La luminosité des couloirs. La variété des boutiques, dont plusieurs répandues dans plusieurs centres commerciaux, le choix des restaurants de la foire alimentaire.

À mes yeux la «beauté» de ces lieux se lie aux excentricités de chaque plaza, centre ou galerie. En cherchant un peu on trouve cette marque «exotique» – l'étalage de huit journaux différents, dont aucun n’était en français ni même en anglais, à l’entrée du marché Fu Tai de la Plaza Côte-des-Neiges. Quant à mon moment d’étrangeté à la Place Versailles, il est survenu principalement au deuxième étage, en longeant la «terrasse» d’un resto-bar, avec des parasols Becks (il me semble que c’était la bière en question). Le soleil plombait à travers le puits de lumière, mais de là à abriter la mezzanine…

M'enfin, si le standard assure la rentabilité, l'excentrique – la marque du local freinant l'invasion du global – en assurerait la beauté? À condition, bien sûr, de vouloir la voir, cette «curieuse» beauté.

Un jour j'étais en balade à Ottawa, et je me suis trouvée dans un centre commercial où, bien sûr, les vendeuses me saluaient en anglais, mais, outre la langue, je ne me sentais pas dépaysée. Par l'ambiance, la musique diffusée, les Tim Hortons.

M'enfin, le centre commercial serait cet espace universel où quand t’as le blues de ton bled, tu peux aller t’y réfugier, car il y aura une illusion de chez-toi. C'est comme aller manger au McDo quand t’es en voyage. Il y aura forcément quelques variantes, voire surprises, mais grosso-modo, le réconfort du connu sera au menu.