La Traversée

La peau tatouée du quartier

La peau tatouée du quartier
La peau tatouée du quartier
La peau tatouée du quartier

  
je partais à la recherche de mots inscrits sur des murs.
ce quartier, c'est le tien, tu l'habites jusqu'en vandale.
le décor a cette force-là ou cette faiblesse : porter ta rébellion au grand jour sur sa peau tatouée.

j'ai marché Moreau jusqu'au no man's land entre la cour de triage et l'usine.
j'ai croisé une femme en déshabillé debout dans le banc de neige.
et je l'ai vue au bout du chemin, cette façade tapissée de ton poème.

une journée, une nuit, tu es venu avec ce crayon noir et tu as tracé cette logorrhée.
des noms, des mots croisés, des fragments de phrases.
un édifice complet qui porte ton mystère comme un grand corps fatigué que tu aurais vêtu de ton délire et qui resterait là, bras ballants, dans le paysage déserté.

j'ai cherché un feutre dans mon sac, sans en trouver.
ici sur ma page blanche dans mon salon blanc derrière ma porte blanche
j'ai écrit des lignes et ça m'a manqué : ta fougue de poète qui risque l'amende pour tapisser de mots une façade entière.
ce désir-là : habiter la rue par le verbe, prendre possession par les mots, imposer le texte.