La Traversée

La «nouvelle» gare d'autocars de Montréal

À la tabagie, il n’y a plus de Bic en stock, je dois me résoudre à acheter un stylo touristique, avec un drapeau du Québec, un cœur qui aime Montréal et une lampe de poche miniature au bout. Lampe avec laquelle le commis s’est aveuglé quelques secondes, en voulant me convaincre de la valeur dudit stylo. Maintenant installée au Presse-Café de la gare, je zieute un couple venu s’asseoir à la table voisine de la mienne. Leur valise bloque d’ailleurs ma sortie. Ils grignotent chacun un biscuit à l’avoine, en trois bouchées, deux sacs en papier ciré qu’ils froissent en boule. Bientôt c’est au tour des gobelets contenant leur expresso simple d’être écrasés entre leurs mains. Une des courroies de mon sac à dos, déposé à mes pieds avant qu’ils arrivent, fait une jambette à la dame, du moins c’est ce que je déduis du regard qu’elle me lance en s'éloignant.

Un itinérant, qui interrogeait les clients du café et probablement de la gare au complet revient, cette fois accompagné d’une dame déterminée à lui donner de quoi se nourrir. Mais l’agacement point dans les phrases qu’elle lui adresse. Son impatience à ce que l’homme arrête son choix parmi les muffins et les croissants. «Mais là rien de trop cher, pas un truc à 5$!», qu’elle lance. Je regarde mon propre «McMuffin», plat comme une crêpe après avoir été oublié sur la plaque à panini. Dans une vraie assiette, mais mon café, lui, est dans un verre à emporter. Bon.

Le départ vers Trois-Rivières est à 10h30, je rejoins les quelques personnes déjà en file. Une mère et sa petite fille semblent trouver le temps long. La fillette s’amuse (mais le mot est fort) à étirer le cordon élastique délimitant les files des différents départs – Québec, Trois-Rivières, Sherbrooke, Victoriaville –, jusqu’à ce que sa mère l’avertisse. Elle l’appelle près d’elle et sort un peigne de son sac à dos, un peigne de Dora l’exploratrice. Mais ça ne fait passer que quelques instants à peine; en guise de reproche, la fillette se met à lui marteler le dos. Un homme s’approche, chargé de plusieurs sacs. Dora décide cette fois de passer le temps en lui donnant des coups, à lui. C’est avec soulagement que la mère attrape le grand verre de café qu’il lui a apporté.

La file s’étire encore. La mère range dans son sac à dos turquoise un bouquin que je n’avais pas encore remarqué entre ses mains, How to Get Rid of Drama Diet Once and for All, avec la photo d’une Barbie déguisée en humaine sur la couverture.