La Traversée

Hoche quoi?

Un ami me posait récemment cette question : « Hochelaga, c’est quoi? » Si on m'avait posé cette question il y a quatre ans, je n’aurais su répondre. Aujourd’hui, je lui répondrais par une autre question qui ne résoudrait probablement rien : « De quel Hochelaga parles-tu? » Déjà, qu’on s’en tienne aux districts électoraux et aux arrondissements municipaux, on se retrouve avec une bonne soupe : Hochelaga, Hochelaga-Maisonneuve, Mercier – Hochelaga-Maisonneuve… On ratisse large.
 
Les quelques mémoires à marchettes qui alimentent encore le business du Très-Haut vous diront qu’Hochelaga, c’est la paroisse Nativité-la-Sainte-Vierge. Certains, plus hips, auront adhéré à HoMa, interjection à détermination possessive, qui se fraye mollement une place dans le parler de tous les jours. D’autres escamoteront son dernier « a » ou le nommeront Hoche’élague, règne de traces et de ruptures. Hoche-Maison est une drôle de bête.
 
Dans tout ce fouillis, peut-être est-il plus sage de dire comme Claude Beausoleil – bien que parlant d’Ahuntsic – que « [l]a vision d’un quartier part des parcelles du frôlement épidermique engendré par la vie qui passe » et qu’ainsi « [l]e texte se trace.[1] » C’est offrir au quartier une pulsation, une morphologie variable qui accorde chair et asphalte dans le sillon des parcours, des points de rencontres, des frontières – réelles ou imaginées…
 
« Hochelaga, c’est quoi? » Je réponds aujourd’hui que : c’est la rue Ontario et sa « promenade aux phrases [qui] s’amorce entre deux arches d’acier[2] »; c’est le no man’s land de l’avenue Bourbonnière; c’est le Dépanneur de la fin du monde; c’est la place Simon-Valois où ont poussé le William J. Walter, le ArHoMa et le Valois; c’est les érables argentés de l’avenue Valois; c’est l’Ave Maria et le Printemps de Vivaldi joués par Marc Landry (alias Freder) sur son crincrin; c’est les silhouettes de Monsieur Lénine et de son petit-fils qui ponctuent les rues Jeanne-d’Arc et La Fontaine; c’est le buggy, le djembé et le système de son de Monsieur B.; c’est le tunnel de la rue Moreau et ses relents de l’affaire Morel; c’est la rue Sherbrooke et le boulevard Pie-IX qui offrent leur trafic lourd au nord et à l’est; c'est les clôtures, les rails, les installations du Port et ensuite le Fleuve au sud; c’est le bloc d’Untel qui fait dans le recel et la vente de mari et le bloc d’Un-Autre qui fait dans la pique et dans la prostitution; c’est le chiffonnier d’à-côté qui fait dans la revente de ferraille; c’est les pétards et les coups de revolver qui s’exclament dans les ruelles aux petites heures; c’est un peu Centre-Sud, extension naturelle et pis qu’Hochelaga aux dires de Jean Hamelin, en 1971; c’est le parc Saint-Aloysius; c’est le parc Jibé et son dragon rouge… C’est des kilomètres de marche, de joies (tant et tant) et de peines (si peu pourtant) avec La Darling et Petite Loutre…
 
C’est devenu, avec le temps, un point d’ancrage.


[1] Beausoleil, Claude. 1978. « Ahuntsic: topographie imaginaire » dans Robert Guy Scully (dir.) Morceaux du grand Montréal. Montréal: Éditions du Noroît, pp. 31-32.
[2] Labine, Marcel. 2005. Le Pas gagné. Montréal : Les Herbes rouges, p. 84.

Commentaires

Hochelaga

Parlant d'ancrage ou de mouillage...
Cartier apprend le 15 août 1535 l'existence de cette bourgade... qui disparaitra 6 ans plus tard...

Il y a entre les terres du su et celles du nort envyron trente lieues et plus de deux centz brasses de profond. Et nous ont lesdits sauvaiges certiffyés estre le chemyn et commancement du grand fleuve de Hochelaga et chemyn de Canada, lequel alloit tousjours en estroississant jusques à Canada...

Ce que dirait Jacques...

Merci, Julien, de nous rappeler ce détail.

Ceci dit, ce Hochelaga n'était-il pas situé sur le territoire actuel du quartier Ville-Marie (ou encore dans le coin d'Outremont!), car le village en question se trouvait au pied du «mont réal»? C'est sur ces bases que Fabienne Claire Caland a écrit son article «Hochelaga, Ville-Marie, Montréal» dans le collectif La géocritique: mode d'emploi (PULIM, 2000, pour les curieux).

D'une manière ou d'une autre, si ce cher Jacques revenait se mouiller l'ancre prêt du Port de Montréal, il devrait constater à nouveau qu'Il n'y a plus d'Indiens à Hochelaga (titre qu'a donné Pierre Petel à l'un de ses recueils de poésie, publié chez Ferron éditeur). Pour les curieux, encore.