La Traversée

Gare centrale, ceux qui attendent

Gare centrale, ceux qui attendent
Gare centrale, ceux qui attendent
Gare centrale, ceux qui attendent
Gare centrale, ceux qui attendent
Gare centrale, ceux qui attendent
Gare centrale, ceux qui attendent
Gare centrale, ceux qui attendent
Gare centrale, ceux qui attendent
Gare centrale, ceux qui attendent
Gare centrale, ceux qui attendent
Gare centrale, ceux qui attendent
Gare centrale, ceux qui attendent
Gare centrale, ceux qui attendent

Ceux qui attendent se plantent ici ou là, au hasard, ou font la file dans la salle des pas perdus. (Bien que sachant l’histoire de l’expression «salle des pas perdus», je choisis de l’entendre de deux manières : la salle où l’on dépense des pas à attendre le départ et la salle des gens qui ne sont pas perdus, puisqu’ils sont là où ils attendent.) Ceux qui font la file sont disciplinés, surtout ceux dont le siège est réservé, ils respectent la procession des partants momentanément à l’arrêt. Ils se tiennent toujours au plus près de leur sac, de leur valise, comme une suave voix de gare, presque sensuelle, le leur prescrit à intervalles réguliers. Leur bagage occupe d'ailleurs autant de place qu’eux-mêmes dans le rang, car ils ne sauraient partir sans prendre avec eux un abrégé de leurs labels, de leurs empreintes et de leurs stigmates. On ne part pas sans soi-même. Ici encore, l’étymologie est singulièrement porteuse de signification. Attendre : «du latin attendere, de ad et tendere “tendre vers, tendre son esprit vers”, d’où “être attentif, prêter attention”» (Dictionnaire historique de la langue française). Tendre vers l’ailleurs, certes, mais aussi vers l’ici de la gare — et peut-être vers l’espace pluriel qui sépare ces deux extrêmes. Être attentif, donc, aux détails du départ. Les usagers des gares sont en effet névrosés d’informations et de confirmations, qui vérifient l’heure et le quai de départ, la destination, inspectent la validité de leur billet, tâtent leur portefeuille, sondent leurs poches, déplient les volets de brochures et de prospectus, ouvrent des guides, récitent des itinéraires. C'est leur façon à eux de frémir de leur partance inquiète.