La Traversée

Faire du pain dans la nuit

Bras mécaniques en mouvement, bruit du pétrin et ronronnement des moteurs électriques

chaleur des fours

Vagues odeurs écœurantes de levure et faibles odeurs de pain cuit

Poussière de farine

La nuit, les boulangers ne flânent pas, ils travaillent.

Cours d’un bord et de l’autre, soulève les poches de farines, pèse la farine et les ingrédients, pétris la pâte, fais lever la pâte, graisse les moules à pain, pèse, coupe et façonne la pâte, fait lever à nouveau la pâte dans les moules, entaille le pain baguette et les miches avant la cuisson, enfourne le pain, le fait cuire, puis le défourne et le prépare pour le livreur.

Le pain, c’est vivant, le boulanger ne peut attendre, il n’a guère le temps pour traînasser.

Pourtant, malgré ses nuits de travail entre le pétrin et les fourneaux, entre le coupe-pâte et la balance, il lui arrive parfois de se laisser aller à la flânerie, quelques instants. Habituellement, lors de ses pauses, où il sort fumer une cigarette ou boire un café à la porte de la boulangerie. Il en profite pour penser à autre chose en regardant les étoiles ou les flâneurs de la nuit déambuler dans la rue.

Parfois, vous trouverez des cas extrêmes de boulangers, qui se permettent d’écouter de la poésie dans la nuit. J’en ai connu un, il y a quelques années, qui travaillait les nuits du samedi. À cette époque, la Première chaîne de Radio-Canada diffusait une émission portant sur la littérature et la poésie. Il en raffolait, car sa nuit de travail lui paraissait moins pénible. Cette nuit-là se trouvait enrichie par les mots qui le sauvait de son abrutissant métier.

Inutile de dire qu’il a pris sa retraite très tôt de son métier de boulanger.