La Traversée

Descendre la côte jusqu'à nous

Rue Sherbrooke
Rue Sherbrooke
Rue Ontario
Rue Ontario
Rue Parthenais
Rue Notre-Dame

Il est minuit un soir mouillé d’après la pluie, je reviens d’un souper en voiture et j’ai l’envie des trottoirs. Appareil en main, tuque et hoodie, je m’élance comme une ombre parmi les ombres et clique souvent. Le trottoir défile, me guide, m’empêche de faire faux pas sans que j’aie à y porter attention. C'est la brume dans les arbres, le halo des lumières qui me tiennent toute alerte. Mon appareil indique déjà qu’il manque de batterie, mais la nuit est trop belle pour faire marche arrière et j’ai le pressentiment que le low battery me suffira jusque-là. En bas de la côte De Lorimier, je suis la silhouette fantomatique de la prison Parthenais et descend jusqu’à Notre-Dame. Elles sont là, nos empreintes, laissées dans le béton frais de quelques carrés de trottoirs refaits il y a bien 10 ans. Ma main, ta main, une étoile que tu avais dessinée, imprimées là jusqu’à maintenant, jusqu’à ce retour sur les lieux du petit délit qui marque depuis ma relation aux trottoirs. Quelque part sous les pas d’inconnus, lorsque leurs yeux se fatiguent du port magnifique qui me happe ensuite et que leur regard se pose au sol, il y a une plaie dans le béton et peut-être des questions en suspens, quelque chose comme une intrigue.

Commentaires

Orange et noir

J'aime tes photos Chloë aux couleurs «Halloween». Elles témoignent de ce côté clair-obscur de Montréal, surtout au mois de novembre. J'adore ces déambulations de nuit...

De nuit

Merci, Julien! La lumière était en effet épatante cette nuit de novembre...

L'histoire de ma vie

Toute ma vie, le ciment (ou béton?) des trottoirs a toujours été sec ou trop pris pour que des empreintes (les miennes, pardi!) s'y marquent à jamais. Je ne suis jamais tombée sur un beau bout de trottoir mouillé, tout juste fait, qui n'attendait que ma main. C'est comme pour les étoiles filantes ou les baleines, je les rate toujours. Je t'envie...

Rendez-vous

Ou comme les flammes olympiques? N'y aurait-il pas une jolie histoire de trottoir à faire avec ça, d'ailleurs? Mais tu me fais penser que je ne sais pas du tout ce que je faisais sur ce coin de trottoir, alors que le béton commençait à figer et m'attendait presque... Je flânais sans doute, puisque je ne prends jamais ce chemin pour aller nulle part. Comme quoi la flânerie donne lieu à certains rendez-vous qui marquent... lâche pas la patate! tu vas l'avoir, ta baleine, ton empreinte, ta flamme ou ton étoile filante!

Mains de famille

Il y a quelques jours de cela, alors que je marchais avec mon ami Cordeau sur la rue Rivard (à la hauteur de Rachel, environ), j'ai vu quatre mains imprimées dans le ciment, comme celle que tu nous montres. Une à côté de l'autre, deux grandes mains en encadrant deux petites. Quelque chose comme une famille coulée dans le ciment, solide... C'est à tout le moins ce que le trottoir essaie de nous faire croire.

À cet effet, Kevin devrait avoir une photo de ce bout de trottoir.

Famille béton

Intéressant le fait que la solidité du trottoir te fait croire à une famille tissée serrée... comme quoi les empreintes et leur support ne font plus qu'un dans l'imagination du passant. Et que la trace, passée du liquide au solide, a forgé un lien et une histoire dont le trottoir est maintenant l'unique dépositaire...

Fond et forme

Fond et forme finissent peut-être par se fondre, en effet. Ceci dit, tu trouveras la photo des mains en question ici.