La Traversée

Centres commerciaux et grandes surfaces

Un flâneur sur le retour

Lieu de la flânerie: Centre commercial Bordeaux-Lac.



— Voilà m'sieur, fait la serveuse...
 

Flâneurs, s’abstenir

Flâneurs, s’abstenir
Flâneurs, s’abstenir
Flâneurs, s’abstenir
Flâneurs, s’abstenir
Flâneurs, s’abstenir
Flâneurs, s’abstenir
Flâneurs, s’abstenir
Flâneurs, s’abstenir
Flâneurs, s’abstenir
Lors de mes voyages, je fréquente souvent des lieux qui ont pour enseignes Café de la Gare, Auberge du Fleuve, Brasserie de la Cathédrale ou Restaurant du Port. Ils ont pour particularité de faire face au lieu dont ils utilisent le nom soit comme point de repère ou plus souvent comme attrait.
 
Quelle ne fut pas ma surprise au Quartier DIX30 de Brossard de constater que ce très vaste complexe commercial tourne résolument le dos aux autoroutes 10 et 30, qui le bordent, lui servent de repères et lui donnent son nom, en leur présentant uniquement la face de service de ses nombreux commerces, cachant ainsi la vue sur ces axes routiers de l’intérieur du complexe.
 
Si dans le ciel de Paris la Tour Eiffel fait office de symbole, tout comme Big Ben l’est à Londres et le Stade Olympique à Montréal, au Quartier DIX30, c’est le cube de l’Hôtel Alt qui domine le complexe commercial de même que cette tour multicolore signalétique plantée tel un phare à l’angle de l’axe autoroutier brossardois.
 
Un peu à la manière de Jacques Prévert allant en son poème «Pour toi, mon amour» au marché aux oiseaux ou au marché aux fleurs, je suis allé au Quartier DIX30, mais contrairement au poète, je n’ai rien acheté pour toi, mon amour.
 
Il y avait trop de ces bannières franchisées que l’on retrouve à la grandeur du Québec si ce n’est de l’Amérique du Nord toute entière. Et celles qui prédominent par leur taille et leur surface sont des hyper-quincailleries – Rona et Canadian Tire – ainsi que l’incontournable Walmart.

Les hypermarchés m'ont toujours plongé dans un état semi-méditatif

Voici l’incipit du roman d’Arnaud Le Gouëfflec intitulé Les Discrets :

« Les hypermarchés m’ont toujours plongé dans un état semi-méditatif. À peine y ai-je mis le pied que mon ego s’évapore. Je me sens couler dans l’infinie douceur des profondeurs commerciales, comme un noyé oublieux de sa vie passée, délassé, dénoué et porté par les courants et les algues. Rien ici ne me rappelle le passé douloureux ou le futur incertain. Il n’est temps que de dépenser l’argent salement gagné […]. Et cette activité bénie des dieux, je la pratique invariablement le même jour, à la même heure, dans un de ces temples de l’instant présent que sont les hypermarchés. Mon pas se relâche, mon être s’assouplit, mon esprit de pousseur de Caddie imprime à mon corps une bienheureuse langueur, un balancement tout oriental, et je vais déambulant dans les rayons gorgés, à la recherche de petits Graals domestiques, de Quintessences sous Cellophane, d’Absolu en conserve, de Nectar en bouteille. Douceur de pousser au-devant de soi cette panière creuse et métallique, qui lentement se remplit comme une corne d’abondance ! Douceur de claquer le pognon de la Providence et l’État me laissent et d’accéder, le temps d’une fin de journée, à des niveaux de conscience spirituelle inconnus de moi ! »  lire la suite »

Préliminaires

Carrefour :       A) Nœud de communication d'un espace habité.
                          B) Point de rencontre d'éléments divers ou opposés.

Laval : béton, douchebags, une seule salle de spectacle, semi-détachés, Centre de la « nature », ghettos, fermes, barbies prématurées, île du p’tit Jésus, culture abolie, Steinberg’s devenu Tigre Géant devenu Rossy (le progrès).

Carrefour Laval : ruche d’adolescentes peinturées (espace habité) achetant à crédit du haut de talons visiblement indomptables, se déplaçant toujours en essaim (nœud, point de rencontre), ne sachant baisser le ton (communication), reluquant les pré-hommes (élément divers, opposé) précieux puisque denrée rare – quoique florissante depuis que la formation masculine inclue l’épilation.

Méchant? Facile? Réaliste. En tant qu’ancienne abeille, je connais le processus. On ne va pas au Carrefour Laval si on a besoin de quelque chose et, surtout, on y va impérativement maquillée.

Plus j’ai lu, moins j’ai magasiné. Indirectement, mes lectures m’ont appris que la satisfaction atteinte après 4h de magasinage, 39 vêtements et 6 paires de souliers essayés, 3 numéros de téléphone attrapés au vol et la sensation d’avoir une nouvelle personnalité à enfiler est nettement inférieure à ce que laisse croire la rumeur.

Je n’ai pas été oubliée par ma mère entre deux manteaux de fourrure quand j’avais 5 ans. Ma haine/peur des centres d’achat me vient sans doute de ma trop longue relation avec le Carrefour Laval; du fait que les visages y sont tous masqués, que les mots y servent à vider plus qu’à combler et que les plafonds y sont définitivement trop hauts. 

Du poids pour votre argent

Le qualificatif de grande surface s’applique également aux stationnements de ces dites surfaces. Un dimanche supra-pluvieux, c’est désagréable. Mais un dimanche supra-pluvieux une heure avant la fermeture (donc bondé), ça devient un défi. On traverse le stationnement à la course mon père et moi, se protégeant comme on peut, avant d’atteindre le portique où règne l’odeur de la nicotine bien humectée.

Le pouls d’un centre commercial

À la suite d'une question naïve m'ayant germée en tête – quels signes traduisent la «santé» d'un centre d'achats? –, je me suis mise en chasse d'éléments de réponse, prenant la Place Versailles à témoin. Il y a bien sûr les traditionnelles fontaines dans lesquelles on pitche son petit change (et j’observe que celle au pied du Winners est bien tapissée de cennes noires. Sans compter l’employé d’entretien occupé à vaporiser de désinfectant le banc circulaire entourant le bassin). Le McDo, juste en face de la fontaine, est sans doute aussi un gage de prospérité économique.

Séduire les sens

L'escalier mécanique me dépose à l'orée d'une plantation de publicités adaptées à chaque rayon du Winners HomeSense. Bijouterie fine, la couleur en folie, tendances mode pour les jeunes, liquidation, pantalons tout-aller, ravissantes rayures, le pantalon de couleur vive, la dentelle et le crochet. Une table d’été riche en économies. Des décorations murales avec Paradise Beach Club ou encore le refrain de cette chanson, You are my sunshine, my only sunshine, you make me happy when skies are grey… Aussi des fleurs, des nénuphars, des bateaux, des coquillages.

Belle époque

Devant la boutique Bell, une mère qui regarde droit devant et tient son garçon de 7-8 ans par la main.

—Oublie pas ton DS que’que part, là! C’est super important.

Il quitte momentanément sa game des yeux et regarde la vitrine à sa gauche.

—Le IPHONE 4!
—HEY LÀ, ça va faire!

Sollicitation

Les gouttelettes de condensation de mon moka glacé dégoulinent le long du contenant puis de mon bras, jusqu’au coude. Premiers pas en solo à la Place Versailles. Une interpellation, je me sens visée. «Mademoiselle, vous faites de la lecture, vous?»

Elle a un grand sourire, la dame, et le temps de me poser la question – pourquoi elle me demande ça? – je remarque la bannière publicitaire et comprends ma gaffe: Québec Loisir. Oui, mais non merci», que je réponds en m'éloignant prudemment, alors qu’elle tente en vain de me convaincre: «Mais… mais je suis gentille!»
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