La Traversée

Carnet de navigation n°7: Terre d'hiver

Extrait du texte, Dans le bois, l'hiver, en poésie... de Jean Désy.

Tout le monde fait halte devant un grand bouleau jaune, penché au-dessus de la rivière. Les plus fous y grimpent, font les singes, battent des ailes. Xavier songe un moment à sauter sur la glace. Pris de réalisme, il se retient. Nouveau départ. On jase, on découvre des traces de chevreuils, une grosse piste d’orignal fraîche sur la rivière gelée. L’animal est-il venu boire à l’aube? Comme toute cette vie ardente sait rester discrète! Il n’y a que les humains qui chantonnent en plein avant-midi, sans se soucier d’autre chose que de leur bonheur.

La chute Delaney est prise dans un carcan glacique. Là, petite boustifaille. Vous mettez la caméra en marche. Normand est filmé pendant qu’il récite sa poésie pleine de bois, de père trappeur, de rivières et de petits cailloux. Le vent fait le fou, soulève des tourbillons de poudrerie. Pas chaud.

Redépart. Soleil. Neige. Raquettes. Manteaux froissés. Histoires. Rires. Découvertes. Le sentier du retour montre des aspects jamais vus à l’aller. La rivière babille dans les rapides qui ne sont pas englacés. Dix lièvres ont traversé le sentier. Un petit écureuil énervé suit les marcheurs. Cocottes de résineux. Trous d’hermine.

Marcher en forêt est un art, celui d’entrer en contact avec la poésie… Lire ou entendre de la poésie dans une salle de classe ou dans un pub ou entre quatre murs est une chose. La vivre en plein air en est une autre. Marcher en hiver en sachant que la poésie existe et qu’elle habite chaque branche, chaque bourgeon… Ah! Ne plus vivre que pour amalgamer deux mondes, Nature et Poésie. Vingt-cinq personnes qui choisissent de mettre leur vie en conjonction avec la poésie des lieux, voilà qui est beau. Il y a de la beauté même dans un tronc d’arbre piqué de trous de grand pic, de la splendeur dans le scintillement des flocons ne neige. Quand donc fleuriront les premiers tussilages.

Ce carnet est disponible en ligne (format PDF).